Trois minutes…


Début :

 

J’aime bien le côté fenêtre.

Je peux poser mon front sur la vitre et m’assoupir si je me sens fatigué, ou profiter tout simplement de la lumière du jour pour lire un bon roman. Mais ce sont surtout pour les paysages que je choisis, à chaque fois que c’est possible, la place près de la fenêtre. Je regarde défiler champs, maisons, fermes, forêts, routes et ruelles, tel un diaporama révélant, de photo en photo, une nouvelle histoire à chaque page. Je n’ai pas l’impression de les imaginer, non, ce sont plutôt elles qui s’imposent à moi, ces paysages qui me parlent et se racontent. Je me demande s’il en est de même pour ces hommes qui cultivent leur terre, ces femmes qui arrosent leurs plans et ces enfants qui jouent dans leur jardin. Pensent-ils eux aussi à mon histoire. Est-ce que ma vie leur paraît tout aussi évidente ? Non, sûrement que non. La plupart du temps, nous roulons beaucoup trop vite pour qu’ils puissent, ne serait-ce que nous apercevoir. Eux nous voient de loin, telle une vignette de plus sur une pellicule passant au montage, une tête parmi tant d’autre filant dans la machine. Mais maintenant que nous sommes arrêtés, ils ne sont plus si loin… Ils me voient mais me regardent-ils, ou bien lui, devant moi ? Est-ce mon voisin de couloir qui attire leur attention ? Que disent-il de nous ?

S’ils connaissent mon histoire, ils savent qu’il y avait peu de chance pour qu’ils me croisent en cet endroit. D’ailleurs, où sommes nous déjà ? Ha, oui, j’entends encore mêlée au grésillement du haut parleur, la voix si caractéristique du chauffeur annonçant le lieu et le temps d’arrêt.  « …Trois minutes d’arrêt… Trois minutes ! » Cependant, j’ai beau entendre cette voix, je ne parviens à me rappeler le nom de ce village. Ca par contre, je m’en souviens très bien : « …trois minutes d’arrêt !… trois minutes. »

 

(…)

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