Vraie vie, faux reflet


Extraits :

 

Selon l’état civil, je m’appelle James Stewart, suis né en novembre 1978 dans le Massachusetts, mais l’adresse mentionnée au dos de ma carte d’identité indique que j’habite Paris, quinzième. Mile neuf cents soixante dix huit… ça me fait donc, voyons voir… trente huit ans ! Je suis brun, les yeux bleus, plutôt beau gosse d’après la photo, dans le genre brun ténébreux à la Pierce Brosnan. Et il suffit de mettre un seul pied dans mon appartement pour se rendre compte que je n’ai rien à lui envier non plus, question finances ! Grâce à la mezzanine qui double la surface au sol, sa superficie doit bien approcher les 150 mètres carrés, l’ensemble s’apparentant plus à un immense loft qu’à un intérieur de maison. Une cuisine américaine high-tech ; un bar en bois couleur ébène, seule séparation entre le coin salon et la salle à manger ; un sofa et des fauteuils en cuir noir ; un meuble télé du même ton avec portes à ouverture télécommandée renfermant une télévision 16/9ème dernier cri et une chaîne hi-fi extra plate ; une bibliothèque où livres et divers ouvrages ont cédés la place à quelques centaines de Dvd en tous genre ; une grande table en verre et ses chaises assorties ainsi que quelques étagères et de sobres tableaux, meublent murs et intérieur toujours entre blanc et noir, et confèrent à l’ensemble cette impression de froideur que je ressens encore en ce moment même.

 

(…)

 

Je m’appelle Franck Nevers, je suis avocat et marié depuis bientôt deux ans. Je n’ai pas d’enfant. Nous en voulons mais je ne suis pas bien sûr que l’on soit prêts pour ces choses là. Ma femme se nome Isabelle Deschamps, je l’ai rencontrée à un salon du livre où elle tenait un stand. Tout comme moi, elle est passionnée de littérature mais exerce dans la vie une profession bien plus terre à terre : elle est « doctoresse » mais me reprendrait de toute sa fougue si elle entendait cette faute de genre et de goût. Car Isabelle n’indique jamais sa profession au féminin, elle est « Docteur », cela lui confère une plus grande légitimité, du moins le pense-t-elle et préfère nettement le terme de « médecin ».

Nous sommes aujourd’hui samedi, à cette heure-ci je devrais me trouver à ses côtés, dans notre cuisine, affairé à préparer le déjeuner comme nous le faisons tous les week-end. Plus de 12 heures que je n’ai pas donné de nouvelles. Elle doit être folle d’inquiétude ! Il faut absolument que je rentre… Mais qu’est-ce que je dis moi ?! Je ne peux tout de même pas y aller comme ça ! Comment me reconnaîtrait-elle ? Elle croirait à un canular. Cela m’arrive à moi et j’ai déjà du mal à y croire ! Comment est-ce possible ? Lorsque je me suis réveillé ce matin, je portais des vêtements qui n’étaient pas les miens, dans un appartement dans lequel je n’avais jamais mis les pieds auparavant et sans avoir la moindre idée de la façon dont j’étais arrivé là.

 

(…)

 

J’avance sur le chemin qui mène à la rue quand j’ai soudain l’impression que quelqu’un m’observe… A cet instant, dans tous mes membres, à travers mon corps, du moindre battement de mon cœur au sang affluant dans mes veines je ressens cette sensation étrange, ce sentiment si difficile à expliquer, comme un nouveau sens dormant au plus profond de mon être et me disant « Tu n’es pas seul ! ». Je m’arrête et le monde semble alors tourner tout autour de moi emportant dans sa danse, arbres et maisons, voitures et piétons. Les passants accélèrent leur pas, traversent les rues et courent comme des damnés le long des trottoirs. Tous, passent leur chemin…

Tous, sauf un.

Je le vois à quelques mètres de moi.

Vêtu de son long manteau noir, sombre et droit comme la mort.

Je le vois alors qu’il est dans mon dos.

-         Tu t’y feras, tu verras.

Je suis  sur le point de faire volte-face lorsque je sens comme l’extrémité d’un canon plantée dans mon dos. « Tu n’as pas besoin de te retourner. »

-         Je me ferai à quoi ?

-         A cette sensation étrange qui semble te perturber.

-         Comment le savez-vous ?

-         Parce que nous la ressentons tous.

-         Qui « nous » ?

-         Chaque chose en son temps. Sais-tu qui je suis ?

-         …Le prêtre :… Orus.

-         Ton instinct t’a bien guidé. Et sais-tu qui tu es ?

-         Franck Nevers, pourquoi ?

-         Non, plus maintenant. Tu n’es ni Franck Nevers, ni John Smith. Tu n’es pas moi et tu n’es plus toi. En vérité, à cet instant tu n’es plus personne, tu n’es plus rien.

-         Pourtant je suis toujours là.

 

(…)

Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :