Amertume

Publié le par lechanoir


Le poète a l’esprit tiraillé et le cœur lourd,

Car plus que nul autre il appréhende et craint la mort,

La mort des mots, la mort de l’esprit, la mort du jour,

Choisissant l’heure pour ôter l’âme de son corps.

Brume froide et pesante, elle est là tout autour,

Toujours prête à asséner le dernier coup du sort.

 

Piètre homme que le poltron qui en vain la fuit,

Grand sage que celui qui fatalement l’attend,

Mais c’est tel un seigneur que le rimeur la défi.

En faisant de chaque instant un merveilleux moment,

Qu’en vers il transcrit à tout jamais dans ses écrits.

Au travers des mots il brave la mort et le temps.

 

Le poète a l’esprit tiraillé et le cœur lourd,

 

Lorsque enfin viendra le jour du grand voyage,

Et que tout au bout du tunnel il verra le jour,

Il ne veut pas revenir sur ses dernières pages

Afin de profiter pleinement de son séjour.

Les tourments de toute une vie sont pour lui, le gage

D’un repos mérité à la fin de son parcours.

 

Le poète a l’esprit tiraillé et le cœur lourd,

 

Il sait que ce serait impossible de partir,

Avec en lui ce chagrin qu’il a déjà connu,

Qui de l’intérieur l’a rongé, blessé, fait souffrir,

De ses souvenirs, laissé un goût amer et cru :

L’impression d’avoir trop laisser ces instants mourir,

De ne pas les avoir sublimer du mieux qu’il put.

 

De ses images venues hanter l’enfant poète,

Cette amertume est née, faisant de lui un martyr.

De ces semblants de bonheur et de ces amourettes

Etouffés par la raison, cachetés à la cire

Un malaise est né le dévorant tel un insecte

Grignotant sa raison avec tous ses souvenirs.

 

Le poète a l’esprit tiraillé et le cœur lourd,

 

Et aujourd’hui encore il regrette son sourire.

Mais il savait au fond qu’il fallait que cela cesse,

Ses seins, sa présence, son corps et son souvenir,

Son cou, ses silences, ses lèvres, et ses caresses.

Vivre intensément et s’il le faut à en rougir,

C’est ainsi qu’il mettrait fin à sa détresse.

 

Plusieurs fois depuis il a connu ce sentiment,

Mais c’est comme si chacune était la première.

Et il vécu son amertume aussi intensément.

Comme la toute première déception amère,

De ne pas avoir apprécier pleinement l’instant.

Parce qu’il est toujours plus facile de se taire !

 

Les « Regrets » étaient le mal qu’il fallait définir.

Le poète sait comment faire pour qu’il disparaisse.

Depuis longtemps il a trouvé comment le guérir.

Pour ne plus ressentir ce malaise, pour qu’il cesse :

Vivre intensément et s’il le faut à en rougir,

C’est ainsi qu’il a jadis mis fin à sa détresse.

 

                                                                      Mercredi 22 mai 2002

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Publié dans Poèmes

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